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9 janvier 2022

CHARLIE HEBDO.FR

Classé dans : Art, vie et avis — eructeuse @ 7 h 11 min

Féminisme

Un collectif contre les féminicides accusé (à tort !) de transphobie

Laure Daussy
Mis en ligne le 5 janvier 2022

C’est une querelle qui peut sembler picrocholine, mais elle est révélatrice du délire actuel autour des accusations de transphobie. Le collectif « Nous Toutes », organisateur notamment de la marche contre les violences faites aux femmes, se désolidarise d’un collectif qui recensait depuis plusieurs années les féminicides au sein du couple.

EXCLU WEB

Chaque jour ou presque, on voit ce chiffre, sur fond violet, décompte terrible et nécessaire sur les réseaux sociaux des féminicides conjugaux. Mais voilà que le collectif « Nous toutes » annonce ce mercredi après-midi ne plus vouloir les relayer.

#NousToutes a décidé de suspendre le relai du décompte des féminicides conjugaux. Nous vous expliquons pourquoi. ⬇️

— #NousToutes (@NousToutesOrg) January 5, 2022

Ce décompte était en effet tenu par le collectif « Féminicides par compagnons ou Ex », accusé soudainement par « Nous Toutes » de transphobie. Accusation aujourd’hui envoyée à tort et à travers, et qui entraîne un ostracisme immédiat sur les réseaux sociaux.  

Que s’est-il passé ? Plusieurs activistes trans ont reproché au collectif « Féminicides… » de ne pas réaliser le décompte des femmes trans tuées. « Sauf que depuis notre création, aucune femme trans n’a été tuée dans un cadre conjugal », explique une bénévole du collectif, que nous avons pu contacter. «  Si ça avait été le cas, nous l’aurions comptabilisée. » Le collectif se fonde par ailleurs strictement sur les articles de presse, «  or, aucun article n’a évoqué de femme trans tuée dans un cadre conjugal depuis que l’on fait ce recensement  », ajoute-t-elle.

Le collectif se voit reprocher également un tweet, dans lequel les militantes écrivent en réponse à certains transactivistes : « Vu le harcèlement et le dénigrement que nous subissons, certaines ont semble-t-il bien conservé les aspects toxiques de leur masculinité antérieure. » Certes, plutôt cliché, mais de là à crier à la transphobie...

Qui paie les pots cassés ?

C’est surtout la lutte contre les féminicides qui pâtit de cette histoire absurde. Le collectif s’investit depuis 2016, avec seulement quatre bénévoles et a permis de faire bouger les pouvoirs publics en montrant l’aspect massif des meurtres conjugaux. Ses bénévoles font aussi l’objet de pression pour qu’elles comptabilisent, outre les femmes trans tuées, les femmes prostituées qui sont assassinées. Mais, encore une fois, ce n’est pas leur projet. Elles souhaitent rester sur l’angle des violences à l’intérieur du couple, soit leur choix depuis le début. « La raison d’être de notre collectif est de montrer l’ampleur des violences conjugales, de montrer que les femmes sont surtout tuées à la maison et non dans la rue. » «  Nous Toutes utilise contre nous les arguments misogynes des transactivistes  », déplore une des bénévoles qui se définit comme féministe radicale et abolitionniste.

Ironie de l’histoire, « Nous Toutes » avait elles-mêmes failli être « cancelled » pour avoir organisé la marche contre les violences faites aux femmes le même jour que celui du souvenir trans (Transgender Day of Remembrance (TDoR)) qui commémore les personnes trans assassinées pour motifs transphobes. 

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