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7 juin 2020

PETER MITCHEC (BULGARIE)

Classé dans : Art, vie et avis — eructeuse @ 23 h 43 min

peter mitchec

Sublime

NATACHA POLONY

Classé dans : Art, vie et avis — eructeuse @ 10 h 50 min

Manifestations anti-racistes : Paris n’est pas Minnéapolis

Depuis quarante ans, aucun gouvernement n’a réussi à tenir les deux bouts. Ne faire preuve d’aucune complaisance pour les comportements antirépublicains, d’où qu’ils viennent, et œuvrer à reconstituer une véritable communauté nationale sur une promesse d’émancipation de tous.

Alors que les Etats-Unis s’embrasent après la mort de George Floyd, tué par un policier multirécidiviste des interpellations violentes, près de 20.000 personnes se sont rassemblées à Paris, devant le Palais de justice, à l’appel du collectif Vérité et justice pour Adama Traoré. Une manifestation illégale, puisque les rassemblements de plus de dix personnes sont interdits par l’état d’urgence sanitaire. Une manifestation massive pourtant. Et se contenter de s’offusquer devant l’illégalité de ce rassemblement reviendrait à passer à côté d’un événement majeur que le silence embarrassé des politiques et la couverture minimale des médias vont contribuer à diffuser. La population, majoritairement jeune, qui s’est massée ce mardi soir devant le lieu où se rend la justice en nourrira plus encore l’idée qu’elle est occultée et méprisée par des institutions qui ne la représentent pas.

L’intention politique

C’est toute l’ambiguïté du phénomène. Cette manifestation ne se réduit pas à ce que voudraient en faire les collectifs et groupes politisés qui l’ont organisée. Car la masse des manifestants n’avait justement aucune intention politique, mais portait une revendication de justice et d’égalité dont on peut critiquer le mode d’expression, mais qui nous raconte l’échec tragique de tous les gouvernements, depuis quarante ans, en matière de lutte contre les inégalités sociales, de politiques urbanistiques, de préservation de l’ordre républicain et d’inclusion de tous dans le champ démocratique.

Entendons-nous bien, il ne s’agit nullement d’être dupes des opérations marketing de quelques entrepreneurs du multiculturalisme radical, qui espèrent s’appuyer sur le mouvement américain pour imposer leurs vues en France. Le parallèle permanent qu’ils dressent entre les violences policières et les actes racistes des deux côtés de l’Atlantique cherche à effacer les différences historiques et culturelles majeures qui font que les questions de couleur de peau ne se posent pas de la même façon en France et aux Etats-Unis. La France n’a pas instauré l’esclavage et la ségrégation raciale sur son territoire métropolitain, et si la colonisation a mis en place un système de discrimination insupportable, c’était justement la négation absolue des principes universalistes de la République.

Le rappel est essentiel. Car les mots dessinent des visions du monde, et la diffusion des mots de l’antiracisme américain, faits de « privilège blanc », de « racisés » et de « racisme systémique », ces concepts que les médias adoptent progressivement sans en interroger les prémisses, s’opère insensiblement dans la jeunesse, sur fond de « soft power » états-unien. Des jeunes gens nourris de films et de séries télé plaquent sur la réalité française des débats et des fractures qui ne sont pas les nôtres. Un exemple ? Les violences policières, ici, ne sont comparables, ni dans leur cause ni dans leur ampleur, avec ce que vivent les Etats-Unis. Et les manifestations de « gilets jaunes » ont prouvé que les banlieues et les jeunes gens d’origine immigrée n’ont pas le triste monopole des bavures. En revanche, les guets-apens dont sont victimes non seulement les policiers mais aussi les pompiers ou les médecins ne semblent pas émouvoir outre mesure les groupuscules qui tentent de diffuser dans une jeunesse non politisée des slogans comme « tout le monde déteste la police ».

D’où vient l’oppression ?

Traduire une crise sociale, un verrouillage de la société qui condamne les enfants défavorisés à rester au bas de l’échelle, en un phénomène d’oppression d’un groupe dominant, dépeint comme homogène, envers des minorités elles-mêmes pensées comme des « communautés » est le meilleur moyen de passer à côté des ravages du capitalisme néolibéral. Que ces ravages se traduisent de façon spécifique pour des jeunes gens qui subissent au cours de leur vie un racisme trop peu combattu est une évidence. Mais certains aspirent visiblement à glisser de là vers une remise en cause des fondements universalistes de la culture française, et plus généralement européenne, qui voit dans chaque individu un citoyen libre, autonome, et non le porte-parole d’une communauté. C’est pourtant cet universalisme qui protège chacun de l’enfermement dans un déterminisme oppressif, et qui peut nous permettre de vivre, non pas côte à côte, mais véritablement ensemble. Les jeunes gens qui sont à juste titre révulsés par le racisme ne voient pas qu’ils servent de marchepied à des militants dont la vision est imprégnée de race, de différences irréconciliables et d’enfermement communautaire.

Depuis quarante ans, aucun gouvernement n’a réussi à tenir les deux bouts. Répondre, d’un côté, aux aspirations d’une population qui se sent reléguée, à laquelle notre système économique n’offre aucun avenir, comme il n’en offre aucun non plus à cette jeunesse des territoires ruraux et des villes moyennes désertés par l’Etat, et s’opposer, d’un autre côté, à l’idéologie racialiste qui détourne ces combats. Ne faire preuve d’aucune complaisance pour les comportements antirépublicains, d’où qu’ils viennent, et œuvrer à reconstituer une véritable communauté nationale sur une promesse d’émancipation de tous. Le silence n’est pas, ne devrait pas être une option.

ANN BLOCKLEY (ROYAUME-UNI)

Classé dans : Art, vie et avis — eructeuse @ 9 h 05 min

ann blockley  r-u

Magnifique

Kamel Bencheikh, écrivain

Classé dans : Art, vie et avis — eructeuse @ 8 h 59 min

Banlieues parisiennes, caïdat et islamistes

« Dans la guerre, les voyous suivent la troupe comme les mouettes les chalutiers. Ils attendent les lendemains des batailles pour détrousser les morts. Ils ont la patience des vautours. » Bérézina, Sylvain Tesson

Aujourd’hui, je suis sorti de la citadelle parisienne pour aller m’aventurer dans les quartiers où la République n’a plus aucune prise. Vous savez, ces quartiers périphériques qui tournent autour de la capitale et dans lesquels les lois communes ne s’appliquent plus. Vous n’y trouverez ni femmes en jupe ni jeunes en short mais des barbus en qamis et baskets. Si le qamis est l’uniforme attitré des bédouins salafisés, je me suis toujours posé la question sur le lien qui unissait les baskets de LeBron James ou de Michael Jordan avec les pratiques douteuses de ces zonards.

Dans ces quartiers de Saint-Denis par exemple, que ce soit autour de la célèbre basilique où les rois de France se reposent pour l’éternité, ou dans le ghetto des Francs-Moisins, ni les policiers ni les sapeurs-pompiers n’ont la possibilité de faire leur travail de vigies sans qu’il y ait, chez eux, un pincement au cœur. C’est le royaume d’une monarchie qui ne dit pas son nom, celle de petits caïds et de gros pontes qui régissent une administration basée sur la vente de la drogue et de la protection de l’honneur des jeunes filles issues de certaines communautés.

Cette monarchie qui prospère à l’intérieur du territoire de la République n’a pas besoin des lois de cette dernière. Elle possède ses propres dogmes, sa propre constitution, ses observances et jusqu’à sa propre justice. Elle n’a pas besoin que l’on s’occupe de ses petites et de ses grandes affaires. Les bachaghas qui dirigent ces royaumes au nom de leurs propres majestés gèrent les cités HLM comme s’il s’agissait de leur bien propre. Il suffit de passer par là pour voir les guetteurs qu’on appelle des choufs, les gardiens des lieux saints et des districts sacrés.

Les barbus se sont accaparés non seulement l’économie locale mais aussi les territoires et les habitants qui peuplent ces territoires. Les finances de la cité tournent autour du trafic de drogue et personne n’a intérêt à piper mot. Les lois sont dictées par un parlement invisible qui réfute toute influence de l’extérieur. Et ce parlement s’est rendu maître du périmètre quelle que soit l’heure du jour et de la nuit. Le soir venu, les immeubles sont plongés dans une obscurité totale et les êtres sont enfoncés dans un obscurantisme moyenâgeux.

Ici, il ne subsiste aucun désir de République. Toute possibilité de promotion par le mérite est totalement inenvisageable. Rares sont les jeunes qui pensent à l’ENA ou à Sciences-Po ou l’école polytechnique. L’exemple à suivre est le caïd qui a pu se payer une voiture aussi puissante et aussi chère que la BMW X3 réglée en cash à près de 100.000 €. Le jeune qui rêve du caïdat a détruit la plus petite des appétences pour les valeurs communes qui font le vivre en République, la plus petite aspiration à escalader, les mains nues et sanguinolentes, les parois vertigineuses du talent et de la gloire de gravir les échelons professionnels, la plus minime fringale d’arriver à bon port par des moyens légaux…

Je n’ose même pas parler de perspectives d’avenir et d’identification avec de grands écrivains ou des professeurs d’universités, véritables soldats de la République une et indivisible. Tout est mis sous le boisseau. L’immédiateté est la seule projection possible. J’ai parlé de Saint-Denis et de sa basilique royale mais je peux tout autant parler de Sarcelles dans le val d’Oise, ou de Grigny dans l’Essonne où les voitures des gens honnêtes brûlent dans les rues dominées par les cow-boys de la cité de la Grande Borne. Je peux citer également Melun en Seine-et-Marne et même Trappes dans les Yvelines.

Voilà de charmantes villes fleuries, bucoliques à souhait, où les promenades nocturnes dans les parcs doivent être le nec le plus ultra. Il y a, à l’évidence, une véritable désintégration des tissus urbains. Nous n’avons plus affaire à des villes gérées par des municipalités mais à un archipel de cités de non-droit où les caïds imposent leur volonté aux maires et aux conseils municipaux.

Les partis sont gangrénés tant par les voyous que par les communautaristes à qui profite ce commerce florissant de la drogue. Il faut dépasser la citadelle du périphérique pour accéder aux banlieues abandonnées à la racaille et à la fripouille. Dans ces faubourgs, il y a énormément d’habitants qui gèrent la politique de l’évitement : une fois le travail terminé, ils rentrent directement chez eux en ayant le regard posé sur la porte d’entrée de l’immeuble HLM en s’interdisant de pivoter la tête à gauche ou à droite.

Dans ces lisières, la classe populaire s’est totalement paupérisée. Sont venus se greffer à ces anciens électeurs du Parti communiste, ceux du Rassemblement National et ceux qui ne savent pas ce qu’est un bulletin de vote. Et ceux qui n’attendent que les ordres de leurs parrains salafistes pour voter pour telle ou telle liste qui mettrait genoux à terre devant leurs exigences de plus en plus démesurées.

Ces besogneux et ces gueusards ont assisté au départ de leurs usines vers la Roumanie ou l’Extrême-Orient sans pouvoir s’y opposer – services publics démantelés, hôpitaux déplacés avec de moins en moins de soignants, écoles barricadées parce que les enseignants se font de plus en plus chahutés, une police qui s’interdit de pénétrer dans ces cloaques à pièges, débordée par une extrême violence, voilà la France du nouveau monde.

Il faut dire que l’ancien monde a été enterré par tous les gouvernements successifs qui n’ont jamais anticipé les évolutions de la société. La République a perdu de vastes territoires et c’est, visiblement, une dynamique que les responsables politiques ne maitrisent pas. Nous sommes passés d’un État structuré qui faisait office de nation à un conglomérat de tribus. Dans les cités, c’est un ramassis d’islamistes et de caïds (les deux peuvent être une même et seule entité) qui dirige toute une communauté qui ne sait plus vers qui se tourner.

Le moment est proche où les islamistes et la racaille annexeront totalement le biotope et ce sera des présides au cœur même du territoire national. Il convient de pressentir d’ores et déjà que nous sommes tout proches du moment de vérité si nous ne bougeons pas. Il faut absolument inverser la tendance et arrêter de penser communautés. Ceux qui sont au pouvoir garderont le pouvoir quels que soient les problèmes que les petites gens peuvent subir. Ce qui est important, c’est que la communauté qui dirige reste toujours la même ! Là est le secret de cette déconfiture.

Kamel Bencheikh, écrivain
Le Matin d’Algérie

Article pris sur Laïcité 30

 

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