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6 février 2020

L’affaire Mila Michel Onfray tout est dit et bien dit !

Classé dans : Art, vie et avis — eructeuse @ 6 h 16 min

Jour après jour, l’affaire Mila agit comme un révélateur photographique: à cette heure-ci, elle fournit une magnifique photo de famille grand format des premiers acteurs de la France soumise –pour reprendre le vocabulaire de Michel Houellebecq.

Rappelons les mots de la jeune fille.

Précisons d’abord qu’elle répondait sur son réseau Instagram à des interlocuteurs musulmans qui, après l’avoir draguée et essuyé un refus, lui reprochaient son homosexualité affichée. Elle leur dit: « Je déteste la religion. » Puis: « Le Coran, il n’y a que de la haine là-dedans, l’islam, c’est de la merde, c’est ce que je pense. Je ne suis pas raciste, pas du tout. On ne peut pas être raciste envers une religion. J’ai dit ce que j’en pensais, vous n’allez pas me le faire regretter. Il y a encore des gens qui vont s’exciter, j’en ai clairement rien à foutre, je dis ce que je veux, ce que je pense. Votre religion, c’est de la merde, votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci, au revoir. »

Certes la jeune fille a été grossière et vulgaire, et l’on peut déplorer, comme moi, qu’elle ait eu recours à ce registre-là, mais il est de son âge et de son époque, c’est tout simplement celui de la progéniture post-républicaine de la génération Cohn-Bendit et de ses amis. En plusieurs décennies, le libéralisme maastrichtien est parvenu à abolir le citoyen fabriqué à l’Ecole républicaine (il était fascistoïde) au profit d’un consommateur formaté par les pédagogistes (il est progressiste): ces énergumènes ainsi produits en chaîne débouchent sur le marché des idées !

Il n’empêche: cette vulgarité sert à tous les acteurs de cette soumission pour se désolidariser de la jeune fille. La forme n’est pas exquise, on jette donc le fond, la bouteille n’est pas jolie, on déverse son contenu au caniveau, la photo est floue, on la déchire: la chose est mal dite, donc haro sur la chose dite.

Or, elle dit tout haut et dans un langage vert (mais pas le vert bobo…) ce que beaucoup pensent tout bas: « Se pourrait-il que cesse enfin en France cette complaisance pour une religion qui, son Livre le dit, n’aime ni les homosexuels, ni les juifs, ni les femmes, ni les autres croyants? » Elle n’aurait pas du le dire ainsi? Entendu. Mais aurait-elle pu le dire autrement? Sûrement pas. Si elle n’avait pas eu recours à la langue de Charlie, mais à celle de Jean d’Ormesson pour dire la même chose, elle aurait certes été moins visible, mais tout de même attaquée.

Cette affaire permet d’effectuer un cliché très net de ceux qui travaillent non sans ardeur à cette fameuse Soumission analysée de façon romanesque par Michel Houellebecq.

Qui trouve-t-on sur cette belle photo de famille?

Bien sûr, Nicole Belloubet, ministre de… la justice du gouvernement Macron, roi de ce seul monde-là. Tirant la première, elle dit que Mila s’est rendue coupable « d’insulte à la religion » et « d’atteinte à la liberté de conscience ». Le parquet a d’abord ouvert une enquête pour « provocation à la haine à l’égard d’un groupe de personnes, à raison de leur appartenance à une race ou une religion déterminée », avant de se décider à ne pas poursuivre, probablement après consultation des plus hautes autorités… La ministre de la dite justice a fait marche arrière, mais la chose a été dite et l’on sait qu’ainsi elle réagissait au tollé.

Bien sûr, Edwy Plenel qui, en bon compagnon de route des macroniens sur ce sujet, affirme dans « C est à vous », et, en tant que patron de Mediapart, il sait de quoi il parle: « Il y a beaucoup de haine sur internet »! Ensuite, il convient que le langage de la jeune fille était inapproprié mais c’est pour mieux botter en touche pour parler de Mennel, cette chanteuse musulmane de l’émission « The Voice » qui avait été attaquée… pour avoir porté un voile! La dialectique trotskiste casse des briques, mais elles sont en papier.

Bien sûr, Abdallah Zekri, le délégué général du Conseil français du culte musulman (CFCM), qui, poète, a proclamé sur Sud-Radio: « Qui sème le vent récolte la tempête. » Et puis ceci, qui sent le sang: « Elle l’a cherché, elle assume. » Autrement dit quelque chose qui ressemble à ceci: « Elle aura fait ce qu’il fallait pour se faire égorger et si la chose devait arriver, je ne m’en formaliserais pas! » Je parie sans trop risquer de me tromper que cet homme ne sera pas poursuivi, lui, pour incitation à la haine ou pour provocation au crime.

Bien sur Ségolène Royal qui, partie en campagne pour les prochaines élections présidentielles parce qu’elle ne s’est pas trouvée assez adoubée par Macron, ménage l’électorat dit « de gauche » en affirmant sur France 3 que « critiquer une religion, ça n’empêche pas d’avoir du respect, de l’éducation, de la connaissance, de l’intelligence par rapport à ce qu’on dit ». Cette dame qui, le soir de son échec aux présidentielles, promettait au peuple de gauche « d’autres victoires » dit également refuser « d’ériger une adolescente qui manque de respect comme le parangon de la liberté d’expression » -ce qui ne l’empêche pas de trouver l’adolescente Greta Thunberg « formidable » et « extrêmement brillante » sur RTL (14.IX.2019). Il est vrai que la haine de Greta est froide et propre comme un funérarium scandinave et non pas rabelaisienne et chaude comme une taverne tourangelle.

Bien sûr le maire de Nice, Christian Estrosi (LR), qui en profite, sur BFM TV pour estimer qu’il faut légiférer sur les réseaux sociaux. De la sorte, il envoie un message positif à LREM, via un éloge de la loi Avia, du nom de la députée de ce parti, et ce quelques semaines avant les élections municipales. Car légiférer contre qui? Mila d’abord, bien sûr, pas contre ceux qui veulent sa mort… L’appel du pied est lourd comme une démonstration dans un éditorial de Laurent Joffrin.

Bien sûr Martine Aubry, la dame des créneaux réservés pour les femmes musulmanes à la piscine [1], elle aussi en campagne pour sa trois centième élection à Lille, qui dit ceci: « Dans une période où beaucoup se sentent attaqués, je pense à l’augmentation de l’attaque contre les musulmans. (…). Peut-être que chacun peut se dire (…) qu’il vaut mieux éviter ce type de propos. » Certes, il vaut mieux se taire si l’on n’a pas prévu d’ânonner le catéchisme politiquement correct…

Bien sûr le trompettiste Ibrahim Maalouf qui estime que les défenseurs de Mila sont aussi coupables que les défenseurs de Gabriel Matzneff. Il fustige les propos de l’excellente Zineb El Rhazoui qui défend la jeune fille. Pour ce monsieur, « encourager l’immoral au prétexte que c’est légal, c’est de la démagogie dangereuse ». Puis: « C’est ce qu’ont fait certains à l’époque de Matzneff ou ce que défendent les exilés fiscaux, pour prendre deux exemples différents », dit ce monsieur qui est en effet très habilité à donner des leçons de morale, à traquer l’immoral, et à solliciter Matzneff puisqu’il a été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour agression sexuelle sur mineure en 2014 mais qu’il a également été condamné à payer 20.000 euros d’amende pour « geste inapproprié », comme on dit désormais, à l’endroit d’une collégienne en stage dans son studio d’enregistrement.

Bien sûr l’association « Osez le féminisme » qui, via son porte-parole, affirme clairement: « C’est un sujet sur lequel on a choisi de ne pas se prononcer. » Pour quelle raison ? On n’en saura rien…

Bien sûr, Caroline de Haas, qui, rappelons-le, estime que, pour lutter contre les agressions sexuelles dans des quartiers perdus de la République, il n’y a qu’une seule solution, élargir les trottoirs. Elle n’a pas eu un seul mot de soutien pour cette jeune fille menacée de mort, déscolarisée, protégée par la police pour avoir dit qu’elle récusait l’islam qui la récuse elle-même en tant que lesbienne, ce qui, au-delà du langage et de la forme, est tout de même le fond du problème… C’est cette même Caroline de Haas qui, lors des viols commis par des migrants un soir de 31 décembre, avait écrit: « Ceux qui me disent que les agressions sexuelles en Allemagne sont dues à l’arrivée des migrants: allez déverser votre merde raciste ailleurs. »

Bien sûr Marie Kirschen, la rédactrice-en-chef du web des Inrockuptibles qui justifie le silence de son magazine si prompt à donner des leçons boboïdes en expliquant: « On s’est vraiment recentrés sur la culture il y a un peu plus d’un an. » Et puis, sans craindre le ridicule: « Les quelques personnes qui pouvaient écrire sur cette affaire-là étaient déjà occupées à d’autres choses. » En effet, on imagine bien qu’il n’est pas possible de passer commande d’un papier à un journaliste de la rédaction sur ce sujet…

Bien sûr, l’inénarrable Yassine Belattar, l’ami gênant d’Emmanuel Macron, que certains présentent encore comme humoriste, qui a dit, lors de l’émission « Touche pas à mon poste » que la jeune fille avait créé le buzz exprès pour lancer sa carrière. Si elle devait en mourir, elle aurait ainsi réussi son coup: tout le monde connaîtrait son nom, n’est-ce pas?

Bien sûr, Cyril Hanouna qui dit ceci: « C’est juste une jeune fille de 16 ans qui a dit, pour moi, des mots qui sont inadmissibles (…). Après, c’est vrai que c’est le droit au blasphème, mais elle ferait mieux de se calmer et de rester dans son coin »! Rester dans son coin, comme un chien -ou une chienne, calme dans sa niche, n’est-ce pas, in fine, c’est ce que l’on attend d’une jeune fille lesbienne qui a le malheur de trouver que le Coran et sa vie sexuelle ne font pas bon ménage…

Voilà pour l’heure à quoi ressemble la famille des précurseurs de la Soumission, une petite douzaine, et ce dès les premiers temps. C’est l’avant-garde éclairée des Barbares, ceux avec lesquels tombent des civilisations. Ce sont les loups entrés dans Paris.

Michel Onfray

2 réponses à “L’affaire Mila Michel Onfray tout est dit et bien dit !”

  1. 010446g dit :

    Tout est dit

    Dernière publication sur le radeau du radotage : Cabaret à l'ombre des canons

  2. Caroline Bordczyk dit :

    C’est clair !

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