Victoryne Moqkeuz, mon anagramme

Caroline Bordczyk, mon pseudo d'auteure

30 janvier 2020

LAÏCITE 30

Classé dans : Art, vie et avis — eructeuse @ 7 h 27 min

« Mila a d’abord été attaquée par les plus cons, puis menacée par les plus fanatiques, et abandonnée par les plus lâches »

C’est cadeau, voici l’edito de Riss :

« Connaissez-vous le supplice des brodequins ? Cela consistait à coincer chaque jambe d’un suspect entre deux planches et à enfoncer des coins en bois entre les deux planches du milieu, pour écraser ses membres tant qu’il n’avouait pas les crimes qu’on lui imputait.

Une des plus célèbres victimes de cette torture fut le chevalier de La Barre. En 1766, alors âgé de 20 ans, il fut condamné à avoir les jambes broyées au moyen de deux coins d’abord, puis de quatre coins ensuite, avant d’avoir la langue arrachée, d’être décapité et jeté aux flammes. Son crime : avoir blasphémé. Il avait été accusé de ne pas s’être découvert au passage d’une procession religieuse dans sa bonne ville d’Abbeville et d’avoir de surcroît mutilé un crucifix. Après sa décapitation, son corps fut brûlé, un exemplaire du Dictionnaire philosophique de Voltaire cloué sur le torse.

Aujourd’hui, le blasphème n’est plus puni par la décapitation ni même condamné par la loi. Et pourtant, il existe toujours, en 2020, des gens pour réclamer la mort en son nom. Le chevalier de La Barre n’avait que 20 ans quand il fut supplicié. Il lisait des livres licencieux et impies qui ne respectaient pas la religion. Il avait l’insolence de son âge, celui où on n’a peur de rien, avec pour seul désir de vivre libre.

Insultée, menacée, et enfin abandonnée
Mila aurait pu être sa petite sœur, du haut de ses 16 ans, l’âge de toutes les révoltes. La semaine dernière, elle a osé mettre en ligne sa colère contre l’injustice et l’aberration de la foi, en particulier celle de l’islam, dans des termes que le chevalier de La Barre n’aurait probablement pas reniés. Mila ne subira pas le supplice des brodequins, mais seulement celui des insultes sur les réseaux sociaux et des menaces de mort sur Internet. La routine, de nos jours, pour qui refuse de se soumettre à l’autorité de la religion.

Sa colère contre l’arbitraire du fait religieux est d’autant plus bouleversante qu’elle rappelle celle d’une autre jeune fille de sa génération, la désormais célèbre Greta Thunberg. Ces deux-là semblent révoltées par la même injustice : la lâcheté des adultes. Les adultes n’ont rien fait pour empêcher la planète de se dés­agréger sous nos yeux. Ils n’ont rien fait non plus pour combattre l’intolérance religieuse, chaque jour plus envahissante, comme une marée noire qu’on ne peut plus faire reculer.

À 16 ans, on ne peut être qu’inquiet à l’idée de penser que c’est dans ce monde-là qu’il faudra tenter de vivre : une planète asphyxiée par les gaz d’échappement et les prêches toxiques émis en permanence par les diesels de l’islamisme et du fanatisme. Et il ne faut pas compter sur les adultes pour protester contre ces pollutions qui étouffent nos poumons et notre liberté d’expression.

On refuse d’admettre que notre société est capable de supplicier des innocents avec la même certitude glacée qu’au siècle du chevalier de La Barre.

Mila a d’abord été insultée par les plus cons, puis menacée par les plus fanatiques, et enfin abandonnée par les plus lâches. Sa colère et sa sincérité auraient dû être soutenues autant que celles de Greta Thunberg. Mais le confort intellectuel et la trouille ont préféré lui tourner le dos car sa cause est moins photogénique que les koalas qui couinent d’avoir leur petit cul roussi par les flammes d’un incendie apocalyptique. Elle est surtout beaucoup plus dangereuse. Ce n’est pas la vie sur terre qu’il s’agit ici de sauver, mais tout simplement sa peau.

Une réponse à “LAÏCITE 30”

  1. 010446g dit :

    approuvé sans réserve

    Dernière publication sur le radeau du radotage : Radotage: le café

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