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Caroline Bordczyk, mon pseudo d'auteure

22 janvier 2020

FONDATION JEAN JAURES PENSER POUR AGIR

Classé dans : Art, vie et avis — eructeuse @ 13 h 06 min

Transition écologique : la difficile traduction d’une prise de conscience encore insuffisante  par Cholé Moran et Daniel Perron

Le réchauffement climatique met aujourd’hui au défi l’humanité. En heurtant le mur climatique, la société de consommation de l’ère pétrolière génère des effets dévastateurs qu’il n’est plus possible d’ignorer, collectivement et individuellement. Au-delà des politiques dont il faut attendre une réaction à la hauteur des enjeux, c’est à chacun d’entre nous que la question du changement d’attitude est posée. Que disons-nous de nos responsabilités ? Que faisons-nous concrètement ? Que sommes-nous prêts à céder de nos modes de vie et dans quelle condition ?

Les travaux du GIEC sont désormais connus de tous. Ils montrent chaque année la réduction du temps restant pour intervenir efficacement dans la lutte contre le réchauffement climatique. L’objectif fixé en 2015 par la COP21 de Paris de limiter le réchauffement à deux degrés en 2100 apparaît déjà des plus compromis et l’on peine à comprendre ce qui pourrait bien enclencher les réformes systémiques attendues par les chercheurs pour répondre au défi qu’ils nous posent. Le concert des collapsologues prend de l’ampleur et l’inquiétude grandit pour les générations à venir que le développement actuel de l’humanité pourrait bien fragiliser dans une proportion largement insoupçonnée. Alors que les émissions mondiales de CO2 ont augmenté de 55 % ces vingt dernières années, comment parvenir à l’objectif de zéro émission net de CO2 en 2050 ? Un changement de système est désormais inéluctable. Puisque l’état des lieux est objectivable, il revient à chacun, des individus aux États, de sortir du déni systémique dans lequel il est enfermé pour répondre à ce qui est le défi majeur de l’humanité au XXIe siècle. 

 

Dans ce contexte, la jeune figure de Greta Thunberg est devenue en quelques mois le visage d’une révolution : celle de la prise de conscience d’une génération, déterminée à mettre ses prédécesseurs devant leurs responsabilités. Puisque les discours des chefs d’État – Jacques Chirac à Johannesburg, mais déjà avant lui François Mitterrand à Rio… – et traités divers ne suffisent pas à agir, des mouvements citoyens à l’image des radicaux d’Extinction Rebellion surgissent pour tenter de faire pression par tous les moyens sur des gouvernements jugés trop lents à répondre au défi de la catastrophe annoncée. 

 

Mais faut-il attendre des politiques ce que les citoyens ne sont pas prêts à admettre ? Au regard des chiffres globaux d’émission de gaz à effet de serre, l’inertie politique semble patente. Début 2019, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) indiquait, dans la 25e édition de sa Déclaration annuelle sur l’état du climat mondial[1] que « les quatre dernières années sont les plus chaudes jamais répertoriées, et la température moyenne à la surface du globe en 2018 était supérieure d’environ 1°C aux valeurs préindustrielles ». En 2018, les émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2) issues de la combustion de ressources fossiles – charbon, pétrole et gaz – et de certaines activités comme la cimenterie ont augmenté de 2,7 %, pour atteindre 37,1 milliards de tonnes. Mais il n’y a pas que l’émission de gaz à effet de serre. Il y a aussi l’épuisement des ressources. En 2017, l’économie mondiale a extrait trois fois plus de ressources naturelles qu’en 1970, rappelle le chercheur Éloi Laurent[2].

 

Malgré l’apparent attentisme mondial, des signaux semblent pourtant annoncer un frémissement. De nombreuses études montrent qu’au-delà de l’emballement médiatique, un éveil des consciences global semble bien avoir lieu. La couverture médiatique d’événements comme les incendies de la forêt amazonienne, les méga-feux australiens de ce début d’année 2020 qui nous alertent sur la fragilité du monde, ou les marches climatiques organisées par Youth for Climate chaque vendredi témoignent de l’installation du sujet climatique au premier plan du débat public.

 

En France, le Crédoc[3] notait dans une étude récente que « la prise de conscience écologique est en très forte progression : 26 % des Français placent l’environnement en tête de leurs préoccupations en 2018, un record en quarante ans d’enquête Crédoc ». Il notait encore que « 88 % de la population estime que les consommateurs doivent prendre en charge les problèmes environnementaux ». Ces chiffres doivent être mis en rapport avec d’autres données qui marquent, par exemple, la grande défiance à l’égard de l’action des entreprises en matière de protection de l’environnement puisque seulement 27 % des sondés leur font confiance[4]. Parmi les principales préoccupations des Français, telles que mesurées chaque mois par Ipsos[5], l’environnement s’est hissé au quatrième rang des préoccupations en 2019, alors qu’il était cantonné à la marginalité au début des années 2010.

 

Pour autant, une prise de conscience ne se traduit pas forcément de manière automatique et systématique en actes concrets[6]. Aussi est-il essentiel de mesurer l’ancrage dans l’opinion de l’urgence climatique, d’observer sa traduction éventuelle dans les actes quotidiens, de consommation comme de production. 

 

Cet écart entre ce que l’on dit et ce que l’on fait, que les méthodes de recueil des opinions utilisées par les instituts de sondage tentent de réduire au maximum grâce aux enseignements des sciences comportementales, est une donnée clé et pourtant peu abordée dans le débat climatique. Ce « say-do gap » est au centre de l’investigation qui suit. Tout comme le fait que les actes ne peuvent être décorrélés d’obligations sociales, économiques et culturelles qui sont au cœur de nos comportements collectifs et individuels. 

 

Autrement dit, les conditions de vie actuelles permettent-elles une réelle traduction en acte de changements comportementaux que le défi climatique et l’inquiétude devraient imposer ? À cet égard, les données dont nous disposons nous permettent d’atténuer l’idée d’un réel changement. En effet, si la prise de conscience se traduit dans des actes (I), celle-ci reste fragile et partielle (II) et se heurte à un modèle consumériste prédominant encore contradictoire avec les objectifs de lutte contre le dérèglement climatique (III). 

 

I – Une prise de conscience écologique perceptible dans les actes 

Les signaux d’une prise de conscience, à tout le moins « déclarative », de l’urgence environnementale abondent dans les sondages d’opinion. Instruments largement répandus du monde social, qui ont le mérite de permettre des comparaisons internationales et de mesurer des évolutions dans le temps, les sondages ont évidemment leurs limites. Celles-ci tiennent en partie à l’écart, intentionnel ou non, entre la déclaration faite par le répondant et la réalité sociale qu’il désigne. Cet écart sera l’objet d’investigation des paragraphes suivants. 

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