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15 novembre 2019

LE JOYAU

Classé dans : Mes écrits 2019 — eructeuse @ 8 h 00 min

Le joyau

 

Déjà levé il parle à l’autre qui accompagne ses gestes et ses pensées : « Franchement tu crois que ta vie intéresse quelqu’un ? Tu te lèves, tu fais les gestes habituels, mais fondamentalement qu’est-ce qui te motive à vivre ? Les gazouillis des zoziots, la culotte de cheval de ta voisine, le pied de nez des riches ?… Il va faire froid : tu as une pensée pour les SDF, l’autre là-haut va taper : tu plains les pauvres au chaud, heureusement qu’il y a pire que toi, ça maintient ta tête au dessus de ta cuvette de soucis ! »

Puis il passe son café à l’ancienne, fait la vaisselle de son bol de soupe et réinstalle son verre à vin,- dans lequel il ne met plus que de l’eau – près de son journal qu’il a déjà lu plusieurs fois en pensant à ce que il va faire de sa journée, comme s’il avait un maximum de choix…

Il pense aux autres, là, ailleurs : ceux qui filent bosser la fleur au fusil… « quand je serai grand je serai le loup de wall machin… »… Les gosses qui partent trouver l’instruction, au pas au pas, avec les camarades… ou des patrons, eux, heureux d’avoir cette chair fraîche pour leurs canons économiques ! Ah la jeunesse c’est si malléable ! C’est par pour rien qu’on leur met très tôt la muselière des religions dans leur berceau…

Il pense à tous ces feignants derrière leur écran, l’échine courbé, à la poursuite du diamant vert, comme celui d’hier qui l’a envoyé paître : « Ben, oui il y aura du retard pour votre pension ! Ben vous devez bien avoir des économies… Bla bla bla… »

Il pense à tous ceux qui sont persuadés que, sur l’échiquier de la vie, ils ne feront pas partis des pions, parce qu’ils le méritent !… Le mérite ! C’est vrai qu’elle en jette sa médaille du travail ! Accompagnée d’une prime conséquente, cela aurait mis du beurre sur sa tartine !

Le vieil homme prend son bol plein de café, coupe son pain, y met une légère couche de margarine…

« Ah te voilà ma belle ! » Ursuline sa petite souris blanche vient chercher sa pitance ! Le vieil homme la sert, il sait qu’elle sera là à son retour. Il met son manteau usé, range bien droite ses pantoufles, met son écharpe dans son cou et part affronter le brouillard…

Ernest n’a pas de chat, mais le boucher lui donne du mou avec sa fine tranche de jambon. « Allez je vous met un os à moelle ! Si si ! J’y tiens ! » Ernest rougit et dit merci !

Chez Yvette il prend un morceau de gruyère : « Pas trop de trous hein madame Yvette !

- Bien sûr monsieur Ernest ! Elle lui tend un colis ! Si si prenez ! Y a pas de raison ! Faut se serrer les coudes ! »

Ah la brave Yvette, elle vient de la Dass, elle sait ce que c’est de ne pas avoir de famille…

Ernest traverse la place du village et va chez Marcel acheter son journal !

«  Ah ! Bonjour monsieur Ernest je commençais à m’inquiéter !

- Bonjour Marcel !

Ernest a supprimé son tabac, il faut faire des économies et le gruyère lui semble bien plus important que des rêves partant en fumée…

Ils parlent de la pluie et du bon temps, de l’école qui risque de fermer…

- Il manquait plus que ça, après la trésorerie… Sans compter que Dominique va prendre sa retraite… Dominique c’est le boulanger !

Ernest trésaille :

- Aïe et son fils ?

- Ben c’est sa fille qui va reprendre !

- Ah la Isabelle ! Brave petite ! A demain marcel !

- A demain Ernest ! Et Ernest file chercher son pain !

- Bonjour Simone

- Bonjour Ernest comme d’habitude ?

- Oui ma belle ! C’est qu’Ernest et Isabelle se connaissent depuis l’école !

- Alors ta tiote va venir nous faire le pain ! Bravo !

- Oui c’est une bosseuse, un vrai trésor ! Vous n’aurez pas à vous plaindre !

- Ah tu as un diamant entre les mains qui va s’occuper de notre levain ! » Et ils parlent des jours anciens…

Ernest rentre chez lui, ursuline l’accueille, et comme tous les jours il lui dit : « Attention que je ne t’écrase pas ! Il pose le pain et le journal sur la table… Allez ma belle, je refais du café ! Tu partageras bien une tartine, on fête une bonne nouvelle : la petite fille de Simone va reprendre le flambeau ! On aura encore notre pain frais tous les matins ! Il lui montre le mou, l’os à moelle et son gruyère ! Ah ma petite Ursuline tu sais l’amitié, c’est comme la générosité, c’est beau comme un joyau ! La petite frétille ! Ah je savais que tu serais d’accord ! »

Ce matin son deuxième café a fière odeur et son âme a retrouvé un petit sourire qui réchauffe son cœur et donne plaisir à son ursuline !

Le commerce de la compassion habite bien des cœurs et cela fait belle demeure !

 

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