Victoryne Moqkeuz, mon anagramme

Caroline Bordczyk, mon pseudo d'auteure

5 octobre 2019

Guy Konopnicki

Classé dans : Art, vie et avis — eructeuse @ 7 h 05 min

est entre autres choses, journaliste à Marianne

Les Marion nettes de la pensée

Tandis que les amateurs de tête de veau, ce que je suis et les fans de Sumo, ce que je ne suis pas, rendaient hommage à l’ancienne vedette des Guignols, le cirque Maréchal Le Pen donnait un grand spectacle de Marion nette. Pour bien chauffer le public, les organisateurs les organisateurs exhibèrent un personnage qui ne pouvait que déclencher les huées. Dans rôle du gendarme du Guignol lyonnais, Raphaël Enthoven, tenta d’expliquer à ce qui n’était pas vraiment une foule, seulement un public, que la pensée placée extrêmement à droite n’était pas la bonne. Effet garanti. Sifflets, insultes, vociférations diverses. Une ambiance de radio crochet des années 50, avec l’inévitable chanteur à contre temps, qui s’accroche à l’estrade en dépit des protestations et des ricanements du public. Ce n’était qu’un lever de rideau. Un numéro attendu de fantaisiste ringard, avec sifflets inclus. Le clou du spectacle jouait sur l’éternel retour des ombres du passé. Un orateur que l’on imaginerait sur les estrades années 30, si, comme les tribuns d’alors, il pouvait revendiquer l’épreuve du feu, les tranchées et les séquelles d’une attaque au gaz moutarde. En fait de tranchées, l’homme a fait ses armes chez Ardisson et Ruquier et n’a jamais connu d’autre feu que celui de la rampe.

Costume bleu sombre, cravate ajustée, Eric Zemmour prend la pose. Le public, déjà exulte. Il annonce de terribles périls, un raz-de-marée humain, venu de Méditerranée sur des embarcations de fortune. Il ne suffit pas de prédire la fin de l’occident et la mort de la civilisation pour être Philippe Henriot ou même le Jean-Marie Le Pen d’antan. Il lui manque le souffle terrifiant du premier et la verve populaire du second. Il en rajoute et place la petite expression qui fera le bonheur des réseaux sociaux. Il vise à la hauteur de roubignoles. Le mâle blanc de plus de cinquante ans doit savoir qu’il est menacé par les étrangers et les femmes. Les barbares s’avancent, donc, pour nous exterminer. Le public en frémit de terreur, mélangé au bonheur d’être enfin désigné par la couleur de sa peau autant que par sa virilité. Et dire que l’on nous annonçait une formidable offensive sur le front des idées ! C’était donc ça. L’école de la Maréchal, le chaudron d’où devait sortir la nouvelle pensée de la droite, l’arme d’une conquête idéologique préparant les esprits à un triomphe politique, ne produit rien d’autre qu’une bêtise proprement navrante.

Idées crétines… et dangereuses

Certes, les idées crétines n’en sont pas moins dangereuses. Celles de Zemmour répondent à d’autres, en égalant leur stupidité. Les indigénistes ont réintroduit les notions de races, ils ont essentialisé les genres et ressuscité l’identité religieuse, brandie comme un défi. D’un côté, un véritable harcèlement obscurantiste, des provocations répétées contre la laïcité de l’école et l’espace public. De l’autre la défense identitaire de la peau blanche, du mâle, et des anciennes traditions, celles du bon temps de l’église hégémoniques. On ne saurait mieux installer les deux mâchoires d’un même piège à cons. A gauche, d’anciennes organisations laïques, l’UNEF, la FCPE et même la Ligue de l’enseignement, soutiennent les revendications islamistes, et poursuivent ceux qui persistent à défendre la laïcité républicaine.

Ces braves gens de gauche ne sont pas seulement les idiots utiles de l’islamisme, ils sont aussi les crétins indispensables à la poussée d’une extrême droite identitaire. Sans eux, Marion Maréchal et Eric Zemmour prêcheraient pour une petite frange de conservateurs d’attardés et de racistes atrabilaires. Cette gauche qui accepte, en son sein, des idéologies réduisant l’humanité à une espèce composée de mâles et de femelles, divisée en sous groupes raciaux et religieux, cette gauche offre une crédibilité aux divagations identitaires façon Zemmour. Jadis, dans ses pires discours, Jean-Marie Le Pen évitait soigneusement les définitions raciales trop directes, il procédait par allusions ou jouait de fausses évidences. Pourquoi se gênerait-on aujourd’hui, quand une certaine gauche accepte de que l’on traite les Lumières d’idéologie blanche et la laïcité de survivance coloniale ? L’obscurantisme se partage mieux que la raison, quand on protège une de ses formes, il devient difficile de crier au loup devant le retour de la vieille droite identitaire.

2 réponses à “Guy Konopnicki”

  1. 010446g dit :

    hélas! cent fois hélas!

    Dernière publication sur le radeau du radotage : radotage: avant le mariage

  2. Caroline Bordczyk dit :

    Comme tu dis !

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