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8 septembre 2019

CAROLINE FOUREST

Classé dans : Art, vie et avis — eructeuse @ 6 h 15 min

 Le féminisme des misogynes

le 07/09/2019 Marianne

En France, on vient de franchir le seuil du 100e féminicide. En Iran, on ne compte plus les femmes tuées par misogynie. La police de la vertu a bien d’autres chats à fouetter. Elle traque sans relâche les femmes qui se dévoilent.

Chaque mercredi, depuis presque deux ans, des Iraniennes apparaissent dans l’espace public dévoilées ou habillées de blanc, en clin d’œil au #WhiteWednesday. Elles se filment et postent leurs vidéos pour protester contre le port obligatoire du voile. Un mouvement lancé par la blogueuse Masih Alinejad, l’une des premières à avoir posé sur Facebook sans un voile. Depuis, des courageuses ne cessent de se lever. Elles montent sur des plots à l’occasion des manifestations, elles chantent dans le métro ou se rendent à des matchs de foot. Et sont arrêtées. A tour de bras. Les peines de prison pleuvent. Quand ce ne sont pas les coups de fouet.

L’Iran et les femmes

Pour les avoir soutenues et défendues, l’avocate Nasrin Sotoudeh, 56 ans, a été condamnée à une peine cumulée de trente-trois ans de prison et 147 coups de fouet ! La France l’a nommée membre de son Conseil consultatif pour l’égalité entre les femmes et les hommes du G7 de Biarritz. Bien entendu, son siège est resté vide.

Le régime ne traque pas seulement les femmes qui osent montrer leurs cheveux. Il traque aussi celles qui osent parler. D’après Reporters sans frontières, la République islamique d’Iran – qui fête ses 40 ans – est devenue « la plus grande prison du monde pour les femmes journalistes ». Le régime reproche notamment à la photojournaliste Noushin Jafari d’animer un compte Twitter « insultant les valeurs sacrées de l’islam ».

Marzieh Amiri a écopé de dix ans de prison ferme et de 100 coups de fouet pour « propagande contre le régime » et « trouble à l’ordre public ». Un trouble qui consiste souvent à soutenir des grévistes ! La mère d’un prisonnier, lauréat du Prix RSF 2017, a été arrêtée. Elle dénonçait le traitement inhumain infligé à son fils. D’autres purgent leur peine dans la sinistre prison d’Evin, pour avoir révélé l’injustice du système judiciaire iranien ou défendu une vision soufie de l’islam.

Mais sinon, c’est en France qu’on vit en dictature. En France qu’on opprime les minorités religieuses. C’est ce que crient, à longueur d’année, les militants victimaires pro-islamistes. Eux ne militent pas pour la liberté d’expression, mais pour le devoir de taire – à coups de fouet numérique et de mises à l’index en « islamophobie ».

Comme ils vivent dans une démocratie laïque, et pas encore en République islamique, ils ne peuvent pas se présenter ouvertement en auxiliaires zélés de la police de la vertu et de la pensée. Ils préfèrent se déguiser en militants de la liberté, celle de s’habiller.

La dernière chasse à l’homme vise notre ami Henri Pena-Ruiz. Pour une conférence où il fait précisément la distinction entre le droit de critiquer le religieux et l’incitation à la haine raciste. La précision n’est pas le fort des inquisiteurs, ni des commissaires politiques. La liberté de pensée, de toute façon, ça ne les intéresse pas. Pas plus que le sort des femmes en Iran.

Comme ils vivent dans une démocratie laïque, et pas encore en République islamique, ils ne peuvent pas se présenter ouvertement en auxiliaires zélés de la police de la vertu et de la pensée. Ils préfèrent se déguiser en militants de la liberté, celle de s’habiller. En réalité, vous ne les verrez jamais dénoncer le port obligatoire du voile ou la misogynie d’État dans un pays musulman. Ce qui les obsède, c’est de dénoncer la « violence laïque » en France. D’obtenir le droit de se voiler dans les écoles publiques et de se baigner en burkini dans les piscines publiques. Ils se réclament même du « féminisme » pour ça ! Et, bien sûr, il se trouve toujours un journaliste, complaisant ou naïf, pour relayer leur propagande.

Tout récemment, Ouest-France a osé titrer : « Des militantes féministes et des musulmanes se baignent en burkini ». De quelles féministes parle-t-on ? Quel groupe ?

Quel passé militant ? Vous ne le saurez pas. Une jeune fille de 18 ans se dit « féministe » pour défendre le burkini, et cela suffit à mettre cette blague en titre.

Dans les années 70, quand on lisait encore les journaux et que les mots comptaient, être féministe voulait dire se rebeller contre le patriarcat, se montrer solidaire de ses victimes, partout dans le monde. De nos jours, grâce à des militants islamistes et à quelques journalistes paresseux, cela signifie l’inverse. Militer pour couvrir le corps impur des femmes. Et laisser crever celles qui sont fouettées parce que vraiment féministes.

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