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2 février 2019

Macron : Les autres c’est l’enfer, vu du droit, Mathieu Morel

Classé dans : Art, vie et avis — eructeuse @ 6 h 21 min

L’enfer c’est les autres

Macron : Les autres c'est l'enfer, vu du droit, Mathieu Morel dans Art, vie et avis

Ce type est décidément merveilleux !

Deux comptes rendus, sur Paris-Match et Le Point, de l’audience que Son Auguste Jupitude a daigné concéder à une poignée de journalistes révèlent un paranoïaque complètement en roue libre, un complotiste sans filtre voyant des Russes cachés à peu près partout, incapable de s’interroger réellement sur quoi que ce soit, de relier causes et effets autrement que selon des postulats éculés, incapable de l’ombre d’une analyse de la situation, juste mû par sa seule obsession de mouler la réalité dans ses présupposés faillis et puérils.

« C’est de la faute des autres ».
Voilà peut-être l’élément essentiel, le fil conducteur, la colonne vertébrale. Les ennemis sont partout : intérieurs et extérieurs. La russosphère, la gauchosphère, la fachosphère, la complosphère, toutes les chososphères imaginables, emplies de gens aux passions tristes, aux pulsions factieuses et aux relents nauséabonds, complotent contre lui et instrumentalisent les esprits faibles de ces braves bons Français à qui il veut pourtant tant de bien. Et lorsque ça n’est pas « la faute de » l’une ou l’autre sphère, c’est alors la faute de la presse, veule, suiviste, démissionnaire, qui ne remplit plus sa mission d’éducation des masses trop rustiques pour distinguer par elles-mêmes le Bien (lui) du Mal (les autres). Une presse à la roue des réseaux sociaux – dont on ne dira jamais assez combien ils sont manipulés par les Russes et autres sphères – voire carrément des médias de propagande russes eux-mêmes. Bref, une presse devenue incapable de montrer aux gueux la voie juste, la bonne : la jovienne.

Peut-être repense-t-il avec nostalgie à ce temps béni où la presse, alors intègre et incorruptible, se répandait en couvertures et enquêtes dithyrambiques sur le nouveau petit prodige qu’il était, sur ses prouesses, sur son génie, sur ses amours rocambolesques et l’intimité sucrée de son couple féérique ?

Deux longs articles, donc, pour dérouler la pensée du Maître parsemée de quelques poncifs ronflants (on y apprend que « ce mouvement est polymorphe » : allons bon, mais où va-t-il chercher tout ça ?), d’aphorismes managériaux ou philosophico-cuculs (de la très impressionnante « dévitalisation quasi-physiologique de la démocratie » à la très approximative « dissolution des esprits comme dirait Blum », petite référence historique afin de cocher l’indispensable case « historien penseur », fût-ce au prix d’arrangements pour le moins audacieux avec le contexte historique), d’affirmations gratuites et de statistiques aussi magiques que branquignoles.

Ah mais, nous dit-on, il reconnaît aussi ses erreurs !
Ouf ! Un instant, on avait craint. Alors oui, il « regrette ». Il en est même, avoue-t-il, « scarifié ». Rien de moins ! Il regrette ces petites phrases qui ont fait du mal, à son insu. Il regrette et fera désormais « très attention ». Il regrette de n’avoir pas mesuré combien sa fonction le rendait vulnérable. Parce que si elles ont fait du mal, ces petites phrases, c’est qu’elles sont « mal interprétées ». Nous y revoilà : mal interprétées… par « les autres », bien entendu. Les « autres », ces indécrottables salauds ! Il regrette également sa spontanéité, cette sincérité excessive – c’est un classique : « quel est votre plus grand défaut ? La bonté, l’honnêteté et le courage » – qui lui fait prononcer ingénument des « vérités » qu’ensuite, des sphères malintentionnées sortent de leur contexte et mettent en exergue dans le seul but de lui nuire et, partant, nuire à la France entière. Allez, vous vous en doutez certainement : « célézautres ! ».

Il regrette, il est sincèrement contrit de la malveillance des « autres ».
Ces mêmes « autres » qui, n’en doutons pas, ne manqueront pas de le brocarder pour s’être, au cours de ce même entretien (où il promet, donc, de faire désormais très attention), sincèrement payé la tête de « Jojo avec son gilet jaune » ou encore de ce « boxeur gitan », forcément manipulé (par l’extrême gauche ou par les Russes, je ne sais plus, de toute façon ce sont les mêmes) puisqu’il « n’a pas les mots d’un Gitan ». Jupiter voudra-t-il nous éclaire : c’est censé parler quel sabir, au juste, un Gitan ? Et boxeur, de surcroît ?
Salauds d’« autres », vous dis-je !

Convenons tout de même que dans des conditions pareilles, ce doit être bien difficile, en effet, de présider un pays peuplé de hordes d’« autres » qui ne comprennent rien à nous.

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