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23 juin 2014

D’APPARENCE

Classé dans : Certains de mes écrits 2014 — eructeuse @ 13 h 54 min

 

D’APPARENCE

 

Comme tous les lundis matins, Germain allait au jardin, puis filait chercher son télé-magazine, qu’il feuilletait avec entrain. Il butinait tous les programmes pour choisir celui de son mercredi, car c’était le jour où lui et sa bonne amie, après un dîner léger, se regardaient un bon film. Leur soirée s’allongeait en une douce séance de bavardage…

Depuis que son officielle était partie rejoindre son seul vrai grand amour, Dieu, il avait renoué avec sa faim d’amour serein. Abonné de forte longue date à la castration, son cœur avait besoin d’un puissant dépoussiérage.

Dieu est grand. Le jour de l’enterrement, il le mit en présence d’une publicité qui l’intrigua.

Une certaine Toinette vantait sa savonnette pour une toilette savonnée aux bonnes senteurs de lilas… Son esprit s’envola auprès d’Étiennette, l’amoureuse platonique de ses 12 ans. A l’école il s’asseyait toujours à coté d’elle. Elle sentait bon la savonnette aux lilas et sa peau brillait de mille feux mais les autres la moquaient, alors il usait de ses poings…Amis à la vie s’étaient-t-ils dit, leur point de rendez-vous avait lieu sous le lilas du père Mathieu, un grand jardinier, curé de son état…

Étiennette c’était la fille du charbonnier de son village, elle aidait son père dans ses tournées. Les enfants le moquaient « Négro, négro » quand il sortait de son camion couvert de la suie de son charbon. Il ne faisait pas attention, lui, le père, savait la bêtise des petits, il savait qu’elle n’était que le reflet de la philosophie à bon marché de leurs parents. Il aimait à manger en sortant de la boulangerie du village, un gâteau qui s’appelait «tête de nègre », mais cet humour prit vite une drôle d’odeur de rumeur, il devint le vilain le monstre qui apparaît toujours si sale puis bientôt le père fouettard, lui qui ne sortit plus que pour son travail, le mangeur d’enfant…

Lorsqu’un enfant du village disparut un soir d’été, la vindicte populaire le chassa à coup de pierre, il mourût face contre terre les yeux grands ouverts, il avait vu le cœur sans couleur des hommes aux cœurs évidés de la saveur de la vie, hommes d’apparence…

Le dimanche d’après l’enterrement, elle mit sa robe blanche, prit son courage à deux mains et affronta les yeux outrés de la bonne pensance à la messe de leur croyance : elle était la fille de celui qui vécut et mourut dans la saleté de son métier.

La philosophie à petits prix énoncent ses vérités : « Il faut avoir l’âme bien noire pour vivre si noir »

Quand l’enfant revint trois nuits plus tard, avec sa canne à pêche et le fruit de ses péripéties, moineaux, œufs, et carpes, dans son grand panier en osier, il ne comprit pas la colère de sa mère, il avait bien écrit sur un papier qu’il partait avec son oncle à la pêche, mais le papier avait volé avec un courant d’air et sa mère qui ne savait pas lire, l’avait balayé et mis à la poubelle… le mal était fait… La repentance en action, on demanda à Étiennette de quitter le village, seule, orpheline, -elle ne connu jamais sa maman morte en couches et son père ne voulut point autre épouse- même le curé le bon père Mathieu, lui conseilla de partir pour son bien…il lui donna l’adresse d’une paroissienne qui l’accueillerait avec tout l’amour nécessaire à sa croissance d’enfant…

Elle partit avec quelques sous, un bon samaritain si bon si bon lui racheta la maison du monstre pour une bouchée de pain…

Son ami de toujours lui offrit un bouquet de fleurs séchées, du lilas, du blanc du violet mêlés … les cœurs en sanglots… sous la douleur, les yeux se sourirent…

La repentance ne prend pas forcément de le chemin de la rédemption, mais celui d’Étiennette connut la fortune et son savon aux lilas se vendait comme des petits pains…Quand un homme lui commanda un carton de cent savonnettes aux lilas, elle se dit que c’était peut-être pour une maison de retraite, mais quand elle vit le nom du destinataire, son cœur se serra et elle sourit…La vie est pleine de surprises…C’est ainsi que les deux amis se retrouvèrent et frictionnèrent leurs retrouvailles au savon de leur enfance …aux lilas.

 

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