Victoryne Moqkeuz alias La Bordczyk

pique et pique et décolle grave

  • Accueil
  • > Archives pour le Mardi 11 mars 2014

11 mars 2014

Le maître et le bidet

Classé dans : Hi ronde d'ailes — eructeuse @ 6 h 49 min

Le maître et le bidet

 

 

Dans une vieille bâtisse lourde de traditions, vivait élégamment un vieil homme, il goûtait plaisamment aux joies de son existence, peignait, recevait, il lui arrivait aussi de laisser quelques considérations intimistes, -philosophiques disait-il modestement- dans un livre d’argent scellé au centre d’un petit salon Louis Philippe, livré ouvertement aux regards des quelques bourgeois qui le visitaient régulièrement avec une courtoisie pleine de considération pour sa noble destinée. Il aimait à dire que, bien que coulait le sang d’un roi en ses veines, seule comptait sa noblesse de cœur qui se trouvait fort enrichie par des ancêtres colonisateurs… mais ne dédaignait point les « monsieur le Marquis » par ci et par là.

Sa vie était réglée avec la minutie due à son rang… Comme tout à chacun, le noble monsieur avait un caprice secret. Un de ses ancêtres avait ramené de ses lointains voyages, une merveilleuse chaise à trou sculptée qu’il agrémenta d’un récipient en or, relique d’un passé célèbre, pour un postérieur glorieux. Le sien l’était à n’en point douter et chaque matin, il aimait à ne point déroger à sa levée, bon chasseur, il avait bon œil et il avait aussi bon jet, disait-il amusé, à Martin, son valet, en ajoutant : « je tire aussi rapidement qu’un jeune arquebusier amoureux ». Il supervisait lui-même le lustrage du bel instrument, et veillait à ce qu’il brilla comme un soleil et alla jusqu’à souffleter son domestique si l’objet de sa folie eut une ombre à son rayonnement.

Mais un matin, Martin ne vint. Point de vieil homme en la demeure. Le marquis se leva fâché de l’outrage et chercha vainement le précieux récipient ! Il ouvrit lui-même les volets, son cabinet de toilettes était verrouillé, ainsi que ceux du premier étage, et dut aller aux toilettes près des cuisines où un vieux bidet cassé, mais propre installé dans un cagibi, faisait office de pissotière pour les domestiques qui travaillaient encore pour lui, à savoir Martin son homme de compagnie et valet, ainsi que Dominique, le jardinier de la famille, point autorisés à utiliser ceux du seigneur et maître des lieux ! Quant aux femmes, elles avaient installées le nécessaire dans une buanderie où elles savaient que personne ne visiterait ce sanctuaire des lessiveuses. Il y avait longtemps, que plus une femme ne dormait au château. Le marquis fit la découverte que son tir n’était plus aussi performant qu’il le croyait. Trempé, il maudit son valet qu’il croisa fort chargé en victuailles et autres gâteries qui lui rappelèrent qu’il avait faim ! Ainsi donc Martin avait des pertes de mémoire. Le Marquis lui dit de ne point fermer à clefs les cabinets de toilettes à l’avenir et l’incident fut clos.

Une semaine plus tard, à l’heure du lever, point de Martin, le marquis en colère trouva la chaise près du lit mais son tir raté mouilla le parquet rénové qui lui avait coûté « une vraie fortune », s’était-il égosillé en payant la facture de la main à la main ! Martin avait souri dans un soupir : « peintre et pingre ».

- Plaît-il répondit le marquis.

- Mais monsieur a fait une affaire en ne payant pas la TVA.

- Ah la TVA, l’impôt des usurpateurs !

Depuis le premier incident, le marquis dut courir aux toilettes du premier plus d’une fois et en revenir trempé. Martin ne vint que deux fois ou trois fois se placer avec la chaise trouée, aux pieds du lit, prétextant une perte de mémoire ou des difficultés à descendre rapidement du grenier -où sa chambre était installée- depuis que la vessie de monsieur jouaient avec ses horaires du matin… A chaque fois le marquis avait raté ses tirs. Il finit par se rendre à l’évidence, abandonner son rituel et avoir recours encore à quelques dépenses. Il convoqua le plombier pour faire installer un bidet dans son cabinet de toilettes !

- Un bidet demanda le valet ? Vu vos tirs monsieur le marquis, il faudrait mieux une baignoire ! Le marquis répondit : – Pas d’insolence ! Il rit malgré tout de la plaisanterie si juste de son valet et comprit qu’il était temps de vivre avec sa réalité et son temps ! De magnifiques WC furent installés dans tout le château et même au grenier, car dit-il « Rien ne sert de courir vite, on n’arrive plus à temps ! N’est-ce pas mon cher Martin ? ».

 

Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus